France Inter
 
 
Emission de Sophie Loubière
 Texte    L.Cavallini
     
   Bonjour le Parking

C'est une de ces foutues nuit de saxos ébréchés.
L'ombre goudronne la rue, et le coeur n'y est pas. Pas vraiment.
J'ai garé la caisse non loin de chez vous, le long de la Seine, histoire de voir
les mystérieuses écoutilles de Radio France, jaune miel, accrochées en rayons
contre la façade.
C'est une de ces putains de nuit perdue pour une femme, une femme dure,
une mauvaise tendresse qui finit mal.
Pourtant j'avais donné des mains, un peu de corps. Peut-être pas assez,
allez savoir.
Alors il me reste ce siège incliné et son odeur de fourrure sur les housses.
Ca colle comme la buée de l'hiver.
J'aperçois le Pont de Birr-Hakeim, cette côte immense enjambant le métal
coulant du fleuve et disparaissant en faisant le gros dos loin de moi,
de l'autre côté, là-bas, où elle n'a pas traversé, où elle est restée.
Elle.
La Cape angélique fichée définitivement en cône sur la pierre et le coeur.
Son coeur de pierre.
Je vous en raconte hein, le Parking?
Ca fait des lustres que je me plains aux chandelles, ou aux phares de bagnoles
oubliées et se déchargeant lentement sans bruit.
Un regard se décharge toujours sans bruit.
Elle doit être bien avec lui. Bien au chaud.
C'est l'essentiel qu'elle soit heureuse.
Moi je reste en rade, comme elle reste en moi.
Alors le Parking de la radio pour ça, c'est génial.
Les silhouettes micros circulent comme des grues en griffant les baies
et les antennes hélicoptères clignotent sur le toit, à mi-chemin entre
Orly et la brume.
Il doit la prendre à cru, sans tendresse et paroles d'hommes.
Il doit monter en celle qui galope à son rythme, juste pour la chair,
il doit faire ça et un jour elle reviendra toute chiffonnée
ou peut-être plus du tout jument, elle reviendra et le vieil homme
recollera les morceaux de chairs tartares, il recollera...
Bon le parking. Merci de m'écouter.
Vous le savez je reste d'une semaine à l'autre.
Il en est ainsi depuis tout l'été, vous me connaissez maintenant.
J'en ai le dos froid d'avoir tant attendu. Je l'aime, vous comprenez.
Et tant qu'il ya de la place sur un Parking, c'est que l'espace est vaquant.

Luciano Cavallini